Les grottes d’Isturitz et d’Oxocelhaya font partie de ces sites préhistoriques qui m’ont profondément marqué dans ma carrière de géographe. Je les ai visitées pour la première fois en 1973, alors que je travaillais sur la géomorphologie karstique des Pyrénées occidentales, et j’y suis retourné en 2015 avec un groupe d’étudiants de l’université. Ces deux visites, à quarante ans d’écart, m’ont offert une perspective rare sur l’évolution de notre compréhension du paléolithique supérieur.
Situation géographique des grottes d’Isturitz et d’Oxocelhaya
Les grottes se trouvent dans la commune de Saint-Martin-d’Arberoue, dans les Pyrénées-Atlantiques (64), dans le pays de Mixe — une entité géographique du Pays Basque intérieur que peu de voyageurs connaissent. Le site est perché dans un massif calcaire qui domine la plaine de la Bidouze, un affluent de la Nive.
La position géographique de ces grottes n’est pas anodine. Elles occupent un anticlinal calcaire qui s’élève d’environ 80 mètres au-dessus du fond de vallée. Cette disposition correspond à un schéma karstique classique : les réseaux souterrains se développent préférentiellement dans les zones de fractures et de diaclases des massifs calcaires, souvent mis en relief par l’érosion différentielle. En visitant ces grottes, on entre dans un laboratoire naturel de géomorphologie karstique.
Histoire géologique et archéologique du site
Isturitz et Oxocelhaya sont deux réseaux superposés qui communiquent entre eux. Isturitz, le réseau inférieur, est le plus ancien et le plus riche archéologiquement. Il fut fouillé à partir de 1895 et révéla des traces d’occupation humaine sur une période couvrant plus de 80 000 ans — du Moustérien (Néandertal) jusqu’à l’Azilien (environ 8 000 av. J.-C.).
L’art pariétal d’Isturitz date essentiellement du Périgordien et du Solutréen (environ 25 000 à 17 000 av. J.-C.). On y trouve des gravures représentant des bisons, des chevaux et des mammouths. Ces représentations sont moins spectaculaires visuellement que Lascaux ou Font-de-Gaume, mais leur intérêt scientifique est immense car le site présente une stratigraphie exceptionnellement continue.
Oxocelhaya, le réseau supérieur, a été découvert plus tardivement (1929). Il présente des concrétions calcaires remarquables — stalagmites et stalactites développées sur plusieurs millénaires — et une faune pariétale gravée sur les parois. Sa morphologie est plus spectaculaire visuellement qu’Isturitz, ce qui explique pourquoi la visite touristique se concentre aujourd’hui principalement sur ce réseau.
La visite des grottes d’Isturitz et d’Oxocelhaya en pratique
Le site est géré par une association privée depuis sa remise en valeur dans les années 1990. La visite guidée dure environ 45 minutes à 1 heure et couvre les deux réseaux. Le guide explicite les grandes étapes de l’histoire du peuplement et les techniques d’analyse utilisées par les archéologues.
La température dans les grottes est constante à environ 13°C tout au long de l’année. Je recommande d’emporter une veste légère même par les journées les plus chaudes de l’été — le contraste avec la chaleur extérieure peut être surprenant. Les chaussures fermées sont obligatoires : certains passages sont légèrement humides et le sol peut être glissant.
Les tarifs en 2026 : environ 9 à 11 euros pour un adulte, 6 à 7 euros pour les enfants de 6 à 14 ans. Les enfants de moins de 6 ans entrent gratuitement. La réservation préalable est fortement recommandée en juillet et en août, car les groupes sont limités en taille pour préserver les conditions dans les grottes.
Comment se rendre aux grottes d’Isturitz et d’Oxocelhaya
Saint-Martin-d’Arberoue est situé à environ 40 kilomètres à l’est de Bayonne et à 20 kilomètres au nord de Mauléon-Licharre. La voiture est quasi-indispensable — il n’existe pas de transport en commun desservant directement le site depuis Bayonne ou Biarritz.
Depuis Bayonne, on prend la D936 direction Orthez jusqu’à Labastide-Clairence, puis on suit la D8 vers Hasparren et enfin la D14 vers Saint-Martin-d’Arberoue. Le trajet prend environ 45 minutes. Depuis Pau, compter 1h15 en passant par Orthez.
Les grottes dans le contexte de la préhistoire basque
Isturitz et Oxocelhaya s’inscrivent dans un réseau de sites préhistoriques remarquablement dense dans le Pays Basque et les Pyrénées occidentales. Dans un rayon de 100 kilomètres, on trouve également les grottes de Gargas (Hautes-Pyrénées), d’Oxarante et de Sare (également au Pays Basque), et plus loin la grotte des Trois-Frères et le Mas-d’Azil en Ariège.
Cette concentration géographique n’est pas un hasard. La région pyrénéenne offrait aux populations du Paléolithique supérieur un environnement exceptionnel : des refuges face aux glaciations, une faune abondante dans les vallées et une diversité de ressources lithiques et végétales. La géographie physique a conditonné ici des millénaires d’occupation humaine.
Ce que la visite m’a appris en 2015
Lors de ma visite de 2015, accompagné de sept étudiants, j’ai été frappé par la qualité de la médiation proposée par le guide — une personne formée à l’archéologie qui savait combiner la précision scientifique et la dimension narrative nécessaire pour rendre ces espaces accessibles à un public non spécialiste.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est la stratigraphie visible sur une coupe transversale aménagée dans la grotte basse d’Isturitz. On y distingue à l’oeil nu les différentes couches d’occupation humaine, chacune correspondant à une période culturelle identifiée. C’est une coupe de terrain que j’aurais volontiers utilisée pendant trente ans dans mes cours de géographie physique.
Conclusion : une visite incontournable dans le Pays Basque intérieur
Les grottes d’Isturitz et d’Oxocelhaya méritent une place dans tout itinéraire Pays Basque qui dépasse la côte et le tourisme de surf. Ce sont des sites qui offrent une perspective temporelle vertigineuse sur l’occupation humaine d’un territoire, et qui replacent les paysages actuels du Pays Basque dans leur profondeur géologique. Pour un géographe ou pour tout curieux de la relation entre les hommes et leur territoire, c’est une visite essentielle.